Reportage : en route vers l'autosuffisance alimentaire


L'autosuffisance alimentaire, c'est-à-dire la satisfaction de tous les besoins alimentaires par une production locale, a été inaugurée en France par l’audacieuse commune d’Albi, puis rejoint par sa consœur bretonne Rennes. Enquête sur une démarche simple qui peut résoudre de petits et de grands problèmes.


Agir local


L’autosuffisance alimentaire fait parti des réponses apportées par certaines « villes en transition », à savoir des municipalités qui impliquent leur communauté pour assurer la résilience, c’est à dire la capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques. Initié par la cité tarnaise en 2014 cette démarche souhaite répondre à trois problèmes comme l’explique Jean-Michel Bouat (adjoint au maire chargé du dossier) : « le bilan carbone doit être l'affaire de tous » Deuxième point, « il faut sécuriser les approvisionnements en cas de crise alimentaire, à Albi, on n'a que 5 jours de stocks de nourriture », enfin, assurer des aliments sains et de qualité pour les citoyens. « Quand un agriculteur serre la main de ses clients, il se pose plus facilement la question des produits qu'il met dans ses champs ». Afin de relever ce challenge pour 2020, la mairie lance une série de mesures : préemption des terrains, elle loue ensuite de petites parcelles d'environ un hectare à des néomaraîchers volontaires, débutant dans la profession. Le loyer annuel est raisonnable, il est fixé à 70 euros/an. Mais les règles sont strictes : Que du bio ! La permaculture permet des rendements suffisants, enfin les clients doivent être locaux, en circuit court (moins de 20 km). Ce n’est pas tout ! La ville s’appuie sur l’association Les Incroyables Comestibles, des nouveaux jardiniers qui agissent partout dans le monde, pour que les fruits et les légumes réinvestissent l'espace public et puissent être cueillis gratuitement. Un vrai libre service ! Petit à petit les espaces évoluent, les fruits et légumes remplacent les fleurs, les potagers se répandent entre les immeubles, prochainement ce sera les jardins ouvriers et potagers délaissés chez les habitants qui seront relancés. Enfin une plateforme Internet sera créée pour mettre en relation jardiniers et propriétaires de jardins inexploités. La dernière étape consiste à convaincre les grands circuits de distributions de s’approvisionner localement et que le mouvement soit accompagné par les agriculteurs traditionnels.

Si les 51000 âmes Albigeoises ont servi d’exemple avec ses 7 emplois créés, c’est au tour maintenant des 210000 Rennais de prendre le relais. Conséquence d’une politique d’intégration des habitants aux décisions publiques, l’autosuffisance alimentaire a été adoptée par le conseil municipal le 27 juin 2016 à l’unanimité ! Preuve que ce type de sujet suscite l’adhésion de tous les partis. Dans la capitale bretonne, nous retrouvons les mêmes recettes, les mêmes partenaires. Bien entendu la clé de la réussite d’un tel projet repose sur l’adhésion et l’activisme des habitants de plus en plus soucieux de ce qu’ils trouvent dans leur assiette. Le projet rennais est clair, simple, il est illustré par les propos de Daniel Guillotin (conseiller municipal), « l’idée n’est pas seulement de végétaliser la ville, mais de la cultiver ». Du bon sens finalement !


Agir global

Sans être complètement naïf, manger des aliments sains peut constituer le premier pas pour réduire certains problèmes de santé public. La culture bio apporte entre autre deux avantages sur la question. Elle réduit l’utilisation des produits phytosanitaires qui sont avérés mauvais pour la santé et nous permet de consommer des produits plus riche en vitamines et oligo-éléments qui constitue le premier rempart contre les maladies. Hippocrate nous l’enseignait déjà : « Que ton alimentation soit ton seul médicament ». Ils étaient fous ces romains, mais pas bêtes ces grecs (sic). Ainsi, l’euro supplémentaire qui semble être perdu à la caisse est récupéré en santé et tous les coûts que cela induit (dépollution des sols etc.)

Second bénéfice de l’autosuffisance alimentaire : l’économie d’eau. L'utilisation par écoulement de surface ou aspersion, de cette précieuse ressource par l'agriculture conventionnelle est particulièrement problématique parce qu'elle est relativement inefficace, en raison d'infrastructures vieillissantes, de technologies d'irrigation inadaptées et d'importants taux de fuites. Or selon Guillaume Gruère, principal analyste des politiques à l'OCDE (chargé des questions portant sur l'agriculture et l'eau), les actions contribuant à relever les défis hydriques et agricoles sont au niveau des exploitations, l’encouragement des politiques à adopter par les agriculteurs des technologies et des pratiques hydriques efficaces et résilientes. Si l’on s’intéresse de près aux techniques employées par les jardiniers de l’autosuffisance alimentaire (micro aspersion et micro irrigation), on constate une utilisation plus efficace de l’eau, au bout de la chaîne c’est la planète qui nous dit merci.

Troisième avantage : La balance commerciale agricole. Cela peut sembler un peu tiré par les cheveux, mais nous espérons vous convaincre. Même si en 2014, la balance commerciale agricole et agroalimentaire reste largement positive à 9,2 milliards d'euros, l’excédent agricole et agroalimentaire a reculé de 2 milliards d’euros par rapport à 2013. Ceci a été la conséquence de la diminution du prix des matières agricoles sur les exportations françaises. La France est donc pleinement dépendante des marchés. Or si vous avez attentif, l’autosuffisance alimentaire vise, entre autre, à augmenter son indépendance agricole en cas de remous sur les places financières. Donc, si la majorité des villes française décident d’être aussi audacieuses que Rennes et Albi, l’impact d’une baisse des cours de l’artichaut, du blé ou des raisins aura une répercussion moins importante sur notre excédent agricole. Astucieux non ? 

Le changement ne vient donc pas seulement de grandes décisions venues d’en haut, il peut venir de la base, de vous, de nous. Nous espérons à présent que vous en êtes convaincus et que vous allez courir proposer un  projet en ce sens à votre maire.